Blog

Interview de Marie – Élise, sage-femme libérale


Sage-femme brestoise, Marie- Élise est installée à son compte depuis quelques années, et a su organiser sa vie et son travail autour de l’absence de son mari, parfois même en faisant le choix du célibat géographique, et en diversifiant ses projets. Elle a 40 ans, trois enfants et sort le 21 avril prochain un guide illustré sur le post-partum aux Editions First « SOS Post Partum », pour accompagner chaque maman dans l’après-grossesse.

Voyons quel est son parcours et comment elle a réussi à conjuguer une profession libérale à l’absence très fréquente de son mari: quelle organisation, quels choix et quels projets elle a réussi à mettre en œuvre pour y arriver!

J’ai envie de vous dire de croire en vos rêves, de vous entourer d’amies qui vous inspirent et qui vous comprennent et vous soutiennent!

Quel est ton parcours? Comment as-tu organisé ta vie professionnelle aujourd’hui?

Je suis sage-femme depuis 2005: j’ai été diplômée tôt, à 23 ans ce qui m’a permis de suivre mon mari facilement au début de notre mariage, en n’étant pas bloquée dans une ville pour mes études. J’ai ainsi pu m’adapter en trouvant des CDD facilement (dans les années 2005/2009 pas trop de difficulté pour trouver un travail de sage femme) dans des maternités publiques et privées, et même en ayant 2 ans sans travail pour cause de mutation à l’étranger (États-Unis) et de 1er bébé. Depuis 2009, j’ai ouvert un cabinet avec 3 associées ce qui me permet de gérer mon temps de travail un peu comme je l’entends (mon réseau fonctionne bien et mon agenda est plein). En 2021, j’ai pris pendant 6 mois une collaboratrice pour me soulager un peu, elle a travaillé 2 jours par semaine car j’avais besoin de repos après une période de confinement travaillé avec les enfants à la maison et un mari absent 5 mois. J’ai pris aussi du temps ces derniers mois pour écrire mon livre. Le libéral me paraît être une bonne option pour organiser mon temps de travail , même s’il y a aussi des contraintes non négligeables, notamment financières et de continuité des soins pour les patientes.

Être mariée à un militaire, est-ce un frein dans ta vie professionnelle (mutations, départs en mer, etc.)?

“Pas facile tous les jours” comme on pourrait toutes dire je crois. Au retour de l’étranger, difficile de trouver un mode de garde jour et nuit pour faire garder nos enfants (la nuit quand je travaillais en maternité, puis la journée pour me permettre de dormir), mon mari ayant vite eu un rythme d’embarquement de longue durée. Il est très clair que je n’ai pas pu continuer de travailler en salle d’accouchement à cause de son job.  Par la suite, les dates de retour décalées, les ré-embarquements rapides pour missions de guerre ont été des freins à pas mal d’opportunités de formations notamment. Encore aujourd’hui, il est difficile de me projeter et de m’engager pour des séminaires hors de la Bretagne car il faut une sacrée organisation pour partir quelques jours.
Le décalage est assez impressionnant d’ailleurs car je ne crois pas avoir vu mon mari inquiet lors de ses départs de savoir s’il allait pouvoir y aller (ni de s’inquiéter de qui allait garder les enfants!!)… Être mariée à un militaire c’est pour moi organiser la plupart du temps de ma vie personnelle et professionnelle sans lui. Être organisée pour la garde des enfants sans lui aussi, afin de ne pas me sentir pénalisée par son absence.

Vous avez parfois fait le choix du célibat géographique. Quels sont les risques?

Les années où nous avons été ensemble dans la même ville , il y a eu de nombreux embarquements donc finalement j’ai été beaucoup seule. C’est ce qui m’a donné l’idée de m’installer en libéral assez tôt, afin d’avoir un rythme de vie plus raisonnable que le traditionnel (nuit, weekend et jour fériés travaillés à l’hôpital, sans compter les conditions de travail vraiment difficiles). D’autre part, le fait que mon mari ait un travail assez dangereux (le début de sa carrière a été marqué par une série d’accidents) m’a convaincue que je devais avoir un travail qui me permette de nourrir ma famille, au cas où. C’est assez glauque, mais ça a été très clairement l’impulsion pour m’installer à mon compte en libéral. Nous avons fait deux fois ce choix de célibat géographique car les postes proposés à mon mari étaient parsemés aussi de nombreux déplacements en France, ce qui signifiait: déménager pour me retrouver seule dans une ville inconnue, et perdre 10 ans de réseau pro: ça ne valait pas le coup.

Financièrement ce n’est pas possible en libéral de prendre une remplaçante pour un an ou deux. Ça me coûterait de l’argent. Me retrouver à mon tour remplaçante dans une nouvelle ville à faire donc les vacances scolaires ou recommencer des nuits en maternité ne m’a pas fait rêver non plus.

D’autant plus que la base habituelle pour son type de spécialité est la ville dans laquelle nous nous sommes installés, dans laquelle nous sommes bien, où nos enfants se plaisent: notre port d’attache en quelque sorte, où nous pourrions bien passer notre retraite. Donc après les années de célibat, mon mari revient dans cette ville.

L’un de nos enfants est assez suivi sur le plan médical, et trouver des spécialistes et tout un autre réseau ailleurs ne nous paraissait pas être une bonne solution. Les années de célibat géographiques sont longues et paraissent sans fin mais avec le télétravail, mon mari peut être auprès de nous si besoin (les semaines sans école, les petits confinements) ce qui est appréciable, et ce qui n’était jamais le cas sur les années d’embarquement. On se plait à dire qu’on arrive à trouver les belles choses quelque soit notre choix, même si les gens sont souvent horrifiés par ce choix de vie, nous on se s’est jamais autant vus que sur ces années là. Ce sont des années où mon mari est beaucoup plus investi sur notre vie de famille, où on peut prévoir des vacances sans que ça ne change etc.

Quels sont tes échecs et comment les as-tu dépassé?

Je parlerai plutôt de mes difficultés: gérer un cabinet libéral c’est une vraie entreprise et il a fallu apprendre mais je me suis entourée de supers associées très soutenantes et compréhensives, d’un comptable efficace, de ma banquière… j’ai vendu et racheté un cabinet en 2016 suite à la naissance de mon 3ème enfant mais je crois que j’ai eu la chance de saisir les opportunités qui s’offraient à moi, d’écouter mes intuitions aussi! J’ai travaillé à temps partiel sur les années difficiles (les années où les soins de mon fils étaient très prenants). J’ai pu aussi m’offrir de vraies vacances tous les ans et m’adapter à celles de mon mari pour avoir de vrais temps de pause en famille (il faut savoir que prendre des vacances équivaut à perdre de l’argent car il faut payer les charges courantes, et ne pas avoir de salaire l’été) mais j’arrive à organiser mes finances pour mettre de l’argent de côté en travaillant plus sur certaines semaines. Mon mari me soutient beaucoup et a toujours encouragé mes choix de femme active, et les enfants sont assez fiers de mon travail!

Malgré ces difficultés, tu as réussi et tu sors même un livre prochainement. Qu’est-ce qui te porte?

Réaliser mes rêves fait partie de mes priorités… je rêvais d’être sage femme et ce métier me passionne toujours autant, mon autre rêve de petite fille était d’écrire un livre ce qui est chose faite!
Ce qui m’aide c’est de poser des intentions claires. Quand c’est clair dans mon esprit, je me donne les moyens de réussir. Et j’ai la chance que ça marche! Je fais pas mal de sport aussi et ça me fait beaucoup de bien pour organiser mes idées, me redonner de la motivation quand j’ai envie de baisser les bras!
Je suis motivée aussi par l’envie d’avoir ma propre carrière pendant que mon mari poursuit la sienne. J’ai eu envie de diversifier mes activités avec l’écriture de mon livre, ce qui m’ouvre pas mal de perspectives et d’opportunités (interview, participation à des journées autour de la santé…).

Aujourd’hui, ton cabinet ne désemplit pas, ton livre sort bientôt: as-tu d’autres projets?

J’ai ouvert mon cabinet en sachant qu’un jour je le vendrai, pour un projet commun que l’on pourrait avoir avec mon mari. Donc si nous avons des opportunités de déménager dans un lieu qui nous plaît plus, ou à l’étranger, je suis tout à fait capable de me réadapter. Mais dans un environnement que j’aurai aussi choisi. Je sais aujourd’hui qu’on a plusieurs choix et qu’on fera le meilleur pour nous tous, avec les éléments qu’on aura à ce moment-là en notre possession.
Sinon, mes autres projets sont de toujours et encore réorganiser mon activité au cabinet pour ne pas m’ennuyer et proposer de nouvelles choses aux patientes (améliorer le suivi post-partum, suivre un DU de méditation de pleine conscience et périnatalité, monter des ateliers périnée et sport..). J’ai également un projet de jeu de cartes pour l’accouchement ainsi que certainement un nouveau livre!

Ton message aux femmes de militaire en libéral qui construisent leur vie pro?

J’ai envie de vous dire de croire en vos rêves, de vous entourer d’amies qui vous inspirent et qui vous comprennent et vous soutiennent! Que les études que l’on fait sont là pour nous ouvrir des portes, d’acquérir une expérience et puis de se lancer dans ce qui nous plait vraiment! que vous pouvez trouver sur internet de nombreuses formations en ligne pour construire un projet pro qui vous ressemble. Inventez votre job! Je suis persuadée que le fait d’être avec un militaire oblige à être pleine de ressources et d’ingéniosité (je crois qu’on n’a pas trop de notion de routine de confort… ) alors osez faire ce que vous avez dans les tripes! Osez aussi faire des pauses si vous le pouvez (il y a des années faites pour cela), et lancez vous! Il y a un an j’ai osé contacter une maison d’édition (après un site internet qui n’a pas marché, faute de temps et d’énergie, et donc un échec, des ateliers d’écriture suivis en ligne…) et ça y est mon livre sort dans les librairies avec des séances de dédicaces organisées, c’est fou mais c’est ma réalité et j’en suis très fière aujourd’hui! Et quand je vois mon mari faire la promo de mon bouquin, c’est le pied!

A.


guide MEL

SOS post-partum de Marie-Élise Launay, Ed. First
C’est un journal illustré, conçu avec une approche chronologique pour accompagner et guider chaque jeune maman, quel que soit son parcours de naissance, pour prendre soin d’elle et de son bébé.
Sortie le 21 avril 2022, disponible en pré-commande dans toutes les librairies.

Projets à venir: un jeu de carte pour l’accouchement; participation aux lundis de la Santé en décembre; et un autre livre!

Partagez cet article !

Derniers articles