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Billet d’humeur

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Le témoignage d’une Women Forces: Pourquoi et comment j’ai osé me relancer ou la parabole de l’élevage

A 22 ans, totalement par hasard, j’ai rencontré un militaire lors d’un we organisé par des amis communs. Et pourtant, rien ne m’y destinait ! Je l’ai vu arriver le bougre, mèche au vent, je l’ai repéré à 100 mètres. J’ai pris un soin méticuleux à ne surtout pas lui adresser un mot ; ma mère m’avait prévenue, surtout jamais un militaire, tu ne pourras pas avoir de carrière me disait-elle. Mais voilà, ne jamais dire jamais. Il a bien fallu échanger trois mots. La foudre de Cupidon est tombée du ciel, et là, sans prévenir, je suis tombée raide. Je vous rassure, lui aussi. Cela va bientôt faire 18 ans quand même !

J’ai donc tout quitté : Paris, mes amis et mon job chez Voici. Me voilà partie direction le Grand Est , un joli endroit au demeurant, mais complètement perdu. Non pas que je sois ultra citadine, mais qui dit grosse ville dit bassin d’emploi. J’ai remisé mes talons aiguilles, mon blouson en cuir et je me suis lancée sur le marché du travail local, gonflée à bloc, à la quête d’un emploi. Oui, parce que je l’ai vécu comme un réel parcours du combattant.

Je suis allée de déconvenue en déconvenue, trop jeune, trop diplômée, ou pas assez, j’habitais trop loin. Vous remarquerez au demeurant que bien souvent les bases militaires sont perdues au milieu de nulle part. Si je rencontre Vauban, je lui en dirai trois mots ! Bref, j’étais surtout naïve, et à la question que fait votre mari, je répondais comme une idiote, les yeux pétillants d’amour, militaire. Ah le mauvais point ! Le service de la France ne fait pas vibrer les DRH…je voyais bien dans le regard du recruteur qu’il me prenait pour une gourde, une réac, une pauvre fille. Oubliant derechef mon cv, mes aptitudes et mes diplômes. Et comme j’étais bien jeune, j’étais incapable de répondre par une réplique brillante, qui me venait toujours après. Il concluait en m’expliquant qu’il m’aurait bien embauchée, mais que le métier de mon mari générait un risque d’absentéisme important, mais surtout une mutation trop rapide vers une nouvelle affectation, ne lui permettant pas de miser suffisamment sur moi pour m’intégrer rapidement et efficacement. La porte se refermait assez rapidement. Et le problème était bien lié à des a priori sur les contraintes du métier de militaire.

Bref, je ne me suis pas totalement laissée abattre et comme beaucoup d’entre vous, j’ai finalement accepté un petit job : le journal local m’offrait la possibilité d’écrire de temps à autres des piges. Je l’ai fait quelques temps, mais c’est assez difficile de percer dans ce métier quand on n’est pas du coin, comme me l’avait fait remarquer mon boss, qui affirmait que j’étais « étrangère ». Finalement, j’ai mis mes grands espoirs entre parenthèses, j’ai écrit quelques petites choses, j’ai poursuivi un certain nombre de choses en bénévolat. J’ai surtout eu mes trois enfants auxquels j’ai consacré toute mon attention et je n’en ai aucun regret.

Plus tard, nous habitions en banlieue parisienne. A un diner avec mes vieux amis, qui eux, avaient tous une carrière à faire pâlir d’envie, l’un d’entre eux s’extasiait sur le métier de mon mari ( il est pilote d’hélico, ça fait toujours un petit effet Buck Danny ou Maverick dans le civil). Dans sa grande bonté, le dit civil qui était trader de son état, s’est retourné vers moi et m’a demandé dans quel domaine je travaillais. Je lui ai répondu avec un sourire immense, à peine sarcastique, l’élevage. Oui, l’élevage d’enfants ! Le malotru s’est retourné, sans me répondre au demeurant et la discussion était close. J’avais 32 ans et je n’étais que l’épouse et la mère, éventuellement une future veuve, mais rien d’autre. J’aurais été giflée, je crois que j’aurais moins mal réagit. J’ai bien pensé à lui jeter mon verre à la figure, mais comme je suis bien élevée, je n’ai pas osé. Et surtout, j’y ai pensé…mais après.

Peu de temps après, j’appelais la CAEC ( l’ancêtre de Défense Mobilité, il me semble) pour un bilan de compétences. J’avais l’impression qu’au fur et à mesure des naissances, j’avais perdu la quasi totalité de mes neurones. Ma coach m’a rassurée tout me redonnant confiance. C’est elle qui a mis en lumière mes expériences bénévoles dans le monde associatif pour que j’en saisisse la valeur. Mais encore en mettant l’accent sur les freins réels ou ceux que je m’imposais, me rassurant sur mes compétences finalement pas aussi obsolètes que ce que j’imaginais, elle m’a donné les clés, je m’en suis saisie. Je décrochais rapidement un entretien pour un emploi qui conciliait tout ce que je souhaitais : mes valeurs, un environnement de qualité, à 15 minutes de chez moi. Et je reprenais une vie professionnelle tandis que mon mari partait en opex. Je dois dire que j’étais partagée entre angoisse et joie! Certes, j’ai mal dormi les premiers temps, fort inquiète de savoir si je valais encore quelque chose. J’ai fait des listes: des listes pour les enfants, pour la maison, des listes pour le boulot, j’en ai gribouillé des pages! Le premier matin, j’avais des cernes jusqu’au milieu des joues et un ravissant teint verdâtre, j’ai changé dix fois de tenue vestimentaire, j’ai failli vomir mon café. J’avais l’impression d’aller passer un examen. Mais tout s’est bien passé, j’ai observé, écouté, noté, un peu comme une petite stagiaire de 15 ans. Et c’est revenu, doucement mais surement, jusqu’à mon premier succès. Puis un autre, qui m’a confortée. Evidemment, il m’a fallu un peu jongler entre l’école, la garderie, le centre de loisirs, les bonnes copines …et tout le reste. Mais ca marchait. Je crois que le plus difficile a été pour mon mari, à son retour d’opex. Plus de tendre épouse à la maison, de bons petits plats, de vacances en famille et un immense et joyeux désordre ! Mais une fois ce petit temps d’adaptation passé, ma plus grande joie a été de lire dans ses yeux sa fierté. J’avais franchi l’obstacle!

Deux ans plus tard, heureuse et épanouie dans ma vie pro, enthousiaste et confiante dans la gestion de la DRHAT, mon cher militaire est revenu avec l’OM, direction le sud. Certains en rêvent, moi je voulais rester dans mon petit placard de banlieue, j’allais signer pour un super job chez M6…Et on nous envoyait en PACA…Un jour il faudra me dire pourquoi on demande son avis à l’intéressé sur le formulaire machin pour  sa future affectation ! On nous envoie toujours ailleurs !

J’ai râlé, j’ai pleuré, sans aucun effet sur la dite décision, puis j’ai suivi, reconnaissant que le ciel d’azur provençal pouvait être un cadre de vie auquel je pourrais (parce que je suis formidable!) m’adapter.  J’ai anticipé un peu, j’ai obtenu une belle lettre de recommandation, une porte s’est ouverte, je m’y suis engouffrée et j’ai eu une proposition : du conseil, en portage salarial. Un temps partiel, bien entendu, ne nous leurrons pas. Mais juste ce qu’il fallait pour que je sois pleinement épanouie. J’ai été prise avant tout pour mes qualités d’adaptabilité et d’enthousiasme, c’est-à-dire ces fameuses softkills dont on convient qu’elles sont inhérentes aux femmes de militaires, au-delà des compétences professionnelles.

Emploi des conjointes de militaires

Et puis un jour, j’ai été interpellée pour rendre service et assurer un remplacement dans l’enseignement. J’ai conforté cette expérience. Un an après nous déménagions et je réitérais dans cette voie. Deux ans après, nous déménagions encore et j’ai poursuivit mon bonhomme de chemin. Aujourd’hui, je déménage encore, pour la énième fois. Franchement, de temps en temps, je me dis que j’aurais mieux fait d’épouser un notaire, comme le soulignait Emmy Femme de Mili cette semaine. Mais cette fois-ci, je monte une structure d’auto-entrepreneur. Et vous savez quoi ? C’est gâce aux Women Forces. J’ai pris confiance, je me suis renseignée, j’ai suivi quelques cycles de formation en ligne, nombreux sont les trocs de compétences permettant une entraide d’une grande richesse. Il m’aura fallu quelques années pour m’y résoudre, surmonter l’obstacle et je l’espère, bientôt le franchir.

A celles qui réfléchissent, celles qui ont arrêté longuement pour tout gérer en l’absence de leur conjoint, celles qui n’osent pas encore mais que cela travaille, celles qui sont dépitées des affres de la mobilité, celles qui pour le moment s’occupent de leurs enfants car leur père n’est jamais là, aux jeunes femmes fraichement diplômées qui rejoignent leur conjoint et toutes les autres que je ne saurais nommer, je n’aurais qu’un seul conseil : Ayez confiance ! Mille outils existent aujourd’hui pour vous aider à vous lancer, à aller au-delà du syndrôme de l’imposteur dont nous souffrons toutes. Nous sommes souvent fortes, du moins c’est bien comme cela que nos amies civiles nous qualifient et j’en suis assez convaincue. Pour se lancer ou se relancer sur le marché de l’emploi, il faut être curieuse, confiante, audacieuse, se former encore et toujours, pour enfin, déployer ses ailes !

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